Retrouver Raymonde Linossier
Résidence de recherche de Sophie Robert (Bibliothèque Nationale de France, Paris), du 18 mai au 6 juin 2026.
Résumé

Francis Poulenc et Raymonde Linossier, à la Foire.
Cette résidence de recherche à la Fondation des Treilles m’a permis de reprendre un ensemble de documents collectés depuis de nombreuses années et de les classer afin de publier un volume consacré à Raymonde Linossier. Figure féminine très peu connue, elle a côtoyé des écrivains, des musiciens, des orientalistes. Il reste principalement une œuvre publiée à compte d’auteur en 1918, Bibi-la-Bibiste et des articles d’orientalisme.
C’est un sujet sur lequel j’ai travaillé à plusieurs reprises. Tout d’abord à la demande de Myriam Chimènes pour Francis Poulenc Music, Art and Literature (1999) avec l’article « Raymonde Linossier : “Lovely soul who my flame” ». Puis en 2001, j’ai poursuivi la recherche avec « Autour des Potassons et de Raymonde Linossier » à l’occasion d’un colloque sur Léon-Paul Fargue. Enfin en 2021 j’ai publié « Bibi-la-bibiste » : Raymonde Linossier, dada avant la lettre sur le site de Libération à l’occasion de sa numérisation dans la bibliothèque numérique Gallica de la BnF.
L’objectif est de reconstituer son parcours, extrêmement moderne, d’une femme qui ne se maria pas et eut de multiples vies, souvent séparées les unes des autres, tout en restant contrainte par sa famille. Comme souvent, les archives ont disparu ou ont été dispersées.
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Compte rendu
La Fondation des Treilles nous accueille en nous déchargeant de la plupart des préoccupations matérielles. Dès notre arrivée, Valérie Dubec-Monoyez, bibliothécaire, nous présente une sélection bibliographique, qui rend concret, à la fois notre sujet et aussi la richesse des ressources de la Fondation, tout en montrant un rare intérêt pour chaque recherche.
De mon côté, il s’agissait de trouver l’énergie et la force pour reprendre le fil d’un sujet ancien : explorer mes propres archives, réorganiser les données disséminées dans de multiples fichiers numériques et dossiers papier, afin de classer une longue veille désordonnée.
Raymonde Linossier est née le 25 mars 1897. Elle est la fille de Georges Linossier, professeur de médecine, lié avec les professeurs Adrien Proust et Maurice Soupault. Amie d’enfance de Francis Poulenc, elle l’accompagne dans la création musicale. La publication de la correspondance de Francis Poulenc par Myriam Chimènes apporta des informations essentielles sur leur relation, avec notamment une demande en mariage de Francis Poulenc qu’il adresse, non pas à Raymonde Linossier, mais à sa sœur. Une des seules lettres connues de Raymonde Linossier à Francis Poulenc est un récit très long de l’enterrement d’Erik Satie.
En octobre 1917, Raymonde Linossier rencontre Adrienne Monnier, dans sa librairie La Maison des Amis des Livres. Etudiante à la faculté de droit, elle cherche un imprimeur pour son roman Bibi-la-Bibiste. Publié en février 1918, ce texte sera ensuite reproduit dans The Little Review (sept.-déc. 1920) par Ezra Pound.
En 1919, Philippe Soupault, étudiant en droit avec Raymonde Linossier, lui propose d’écrire pour la revue Littérature qu’il vient de fonder avec André Breton et Louis Aragon. La rubrique « Les revues » du premier numéro est signée R. L. Elle est enthousiasmée par Dada 3 qui contient le « Manifeste Dada 1918 ».
Adrienne Monnier a écrit que « Le bibisme était une sorte de Dada avant la lettre », ce qui ne lui sera pas pardonné par les historiens du Dadaïsme, notamment Michel Sanouillet. S’il y a des points communs entre le dadaïsme et la doctrine bibiste que Raymonde s’est amusée à créer avec ses amis, ce n’est pas un mouvement littéraire, ni même un groupe et elle n’avait aucune prétention littéraire.
De 1920 à 1926, Raymonde Linossier est avocate stagiaire, et en même temps à partir de 1923 elle s’engage dans une carrière d’orientaliste et d’archiviste-bibliothécaire au Musée Guimet. Elle meurt brutalement en janvier 1930.
La jeune femme aura eu le temps, en 1921, de participer à la dactylographie d’Ulysses de James Joyce en vue de son édition par Sylvia Beach et de voir son prénom inséré dans l’épisode « Circé ». Léon-Paul Fargue écrivit « Une Violette noire », paru dans Commerce, en souvenir de son amie.
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Avant d’avoir pleinement conscience de ce que représente le domaine des Treilles, c’est autour de Rencontres de Jean Schlumberger que j’ai trouvé une unité au lieu. Familière du milieu de la Nouvelle Revue Française depuis la thèse sur la libraire Adrienne Monnier, sa présence a fait ressurgir d’autres projet d’ouvrages, en lien avec cette constellation. J’ai été aussi particulièrement sensible aux actions d’Anne Gruner pour les bibliothèques et La Joie par les Livres, au point de donner quelques cours de recherches bibliographiques sous sa bonne étoile !
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Les rencontres, multiples et variées au cours du séjour avec le personnel, les résidents, associées à une disponibilité inhabituelle, pour réfléchir, échanger, nous ont enrichis mutuellement. Grâce à cette émulation, tout donnait envie d’explorer d’autres pistes, la photographie, la géographie du domaine, son architecture, les œuvres d’art, les plantes, les animaux… Et je me mets à essayer de capturer et de rendre en images le génie du lieu.
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C’est petit à petit que l’on prend conscience de l’œuvre d’Anne Gruner aux Treilles. L’expérience physique sur un temps long fait pleinement ressentir la réussite de son projet. Le travail et la découverte du domaine, la proximité de la nature, l’architecture de Pierre Barbe révèlent progressivement aux résidents la complète adéquation entre le lieu et la nature.
Cette fusion, associée à l’art, au livre et à tous types de création, favorise effectivement rencontres, échanges, relations amicales et dynamiques intellectuelles.
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Merci à toute l’équipe de la Fondation des Treilles pour cette parenthèse (non pas hors de la vie, mais hors de toute dispersion) qui nous renvoie à l’essentiel.

© Sophie Robert
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
ldiebold (1 octobre 2026). Retrouver Raymonde Linossier. Les carnets de la Fondation des Treilles. Consulté le 10 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16vb0












